Lettre d’information n° 2 – novembre 2014


(Tribune publiée dans Le Monde du 13 novembre 2014)

            Il existe entre la France et l’Iran une amitié ancienne. De graves dissensions les ont séparés ces dernières années. La République islamique est apparue comme un élément perturbateur. La France, à la suite des Etats-Unis, en a été l’un des opposants les plus déterminés.

            Il subsiste néanmoins à Téhéran un capital de confiance à l’égard de notre pays. Or les circonstances ne sont plus ce qu’elles étaient. L’Iran souhaite politiquement et économiquement sortir de son isolement. C’est à ce souhait qu’a répondu l’élection de Monsieur Rohani à la présidence de la République. D’autre part, le développement de l’influence de l’Iran dans la région en fait un interlocuteur incontournable pour le traitement de sujets comme l’Irak, la Syrie et Daesh. En ce qui concerne celui-ci la stratégie arrêtée à Paris en septembre restera de peu d’effet si Téhéran n’y contribue pas positivement.

            Dans ce contexte, le règlement de la question nucléaire apparaît plus que jamais indispensable pour pouvoir véritablement renouer avec l’Iran sur les plans politique et économique.

            Depuis la conclusion de l’accord intérimaire de novembre dernier, d’importantes concessions ont été faites à la fois par les Américains et par les Iraniens. Mais il subsiste des sujets de désaccord dont la persistance pourrait faire échouer l’ensemble de la négociation.

            Il y a les questions du niveau et de la durée du plafonnement, par les Iraniens, de leur capacité d’enrichissement de l’uranium, ainsi que la possibilité pour eux de poursuivre des recherches. Des solutions sont peut-être en vue à ce propos.

            Se pose d’autre part le problème du rythme d’effacement des sanctions. Les Américains souhaiteraient, à l’inverse des Iraniens, l’échelonner sur plusieurs années afin de pouvoir s’assurer auparavant du caractère pacifique du programme de Téhéran.

            A la présente date, un accord peut paraitre probable. Les présidents Obama et Rohani le souhaitent sans doute sincèrement. Mais le premier doit tenir compte d’un Congrès en majorité hostile à un arrangement avec les Iraniens et le second d’un Parlement dominé par les conservateurs. Or un échec serait gravement dommageable pour tout le monde et l’Iran retournerait probablement à ses errements antérieurs.

Jusqu’à présent la France est restée en retrait de la négociation entre les Américains et les Iraniens. Mais aujourd’hui elle ne saurait rester davantage un spectateur passif. Au contraire il serait temps pour elle, sans interférer avec la négociation elle-même, d’aller au contact aux plus hauts niveaux, de tous les acteurs, dont l’Iran, et aussi des principaux observateurs du processus, pour peser de tout son poids, y compris par des propositions, en faveur d’un compromis. Si celui-ci s’avérait inaccessible, avant la date du 24 novembre, elle pourrait préconiser que soit au moins fixé dans un accord partiel ce qui a déjà été acquis dans la négociation, quitte à en subordonner la mise en application au règlement des ultimes points en suspens.

            La France a montré dans la période récente qu’elle n’entendait pas faire preuve de complaisance à l’égard des négociateurs difficiles que sont les Iraniens. Mais en même temps, en prenant ainsi l’initiative, elle montrera à toutes les parties intéressées son intention de contribuer activement à la solution d’une question cruciale pour l’apaisement du Moyen-Orient, et à Téhéran son souhait que puissent être rapidement réunies les conditions d’une coopération bilatérale restaurée.

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