Lettre d’information n° 11 – décembre 2015


            En moins de quarante ans, la Chine a connu une nouvelle révolution, mais c’est une révolution économique et peu à peu en outre sociologique. Elle s’est profondément transformée, ce n’est pas toutefois l’ensemble du pays qui a changé. Des inégalités se creusent entre riches et pauvres, entre villes et campagnes, et malgré les efforts du gouvernement pour y remédier, entre les provinces elles-mêmes.

            Jusqu’à présent, rien cependant ne paraît affecter gravement la stabilité politique du pays. Pas même les divergences qui peuvent se faire jour entre le pouvoir central et les administrations locales lentes, voire réticentes, à s’adapter aux évolutions, ni les mouvements ethniques qui prennent ici ou là une vigueur nouvelle dès lors qu’un communisme militant a largement laissé place à un nationalisme chinois ravivé. L’économie privée est devenue un acteur majeur, il est d’autant plus impératif que le Parti demeure le ciment du pays. Le précédent soviétique naguère, et plus récemment le printemps arabe et les désordres qui l’ont suivi ont constitué des avertissements sur les erreurs à ne pas commettre.

            Le débat politique est largement circonscrit à l’intérieur du Parti. Pendant longtemps, sinon toujours aujourd’hui, il y a une sorte de contrat de fait entre celui-ci et les Chinois, le premier promettant par le développement un avenir toujours meilleur aux seconds, qui en contrepartie s’abstiennent de remettre en cause le régime.

NOUVEAUX DEFIS POUR LA CHINE

            Au fur et à mesure qu’elle se ralliait à l’économie de marché et à la mondialisation, la Chine a connu un développement exceptionnel. Mais la croissance de son PIB est en perte de vitesse. Pendant longtemps supérieur à 8 %, il n’a été que de 7,4 % en 2014 et il continue de baisser. Selon le premier ministre Li Keqiang, il faudrait créer chaque année 10 millions d’emplois et un taux de croissance d’au moins 7,2 % pour limiter le chômage à 4 %. Or on constate une baisse durable de la demande des pays développés, alors que la croissance chinoise était jusqu’à maintenant largement tributaire des exportations. Il faut noter aussi une hausse des coûts salariaux, un accroissement des contraintes environnementales, ainsi que des surcapacités de production et un surendettement de certaines entreprises avec le ralentissement de la croissance. A cela s’ajoute une « bulle » immobilière due à un excès d’investissements.

            Les dirigeants chinois cherchent à changer de modèle économique en mettant l’accent sur la consommation domestique, l’amélioration de la formation et le renforcement de la productivité, ainsi qu’avec l’assainissement des circuits financiers et la lutte contre la corruption, et une prise en compte accrue de l’environnement.

            Mais le défi économique n’est pas le seul auquel Pékin doit faire face.

            La Chine est contrainte d’abandonner la politique de l’enfant unique. L’extrapolation des tendances actuelles conduira à 35 % de la population âgés de plus de 65 ans en 2050. D’autre part, la population urbaine est passée en 30 ans de 20 à 50 %, avec de multiples difficultés pour les nouveaux citadins.

            La nouvelle classe moyenne issue du développement supporte moins les contraintes politiques et sociales s’il n’y a plus de perspectives d’enrichissement. Le zèle des censeurs ne suffit pas à empêcher un accès à Internet et aux mirages qu’il laisse entrevoir. Aux tensions qui peuvent ici et là s’accroître, répond une répression accrue.

            Le gouvernement a engagé une nouvelle politique de lutte contre la corruption. Mais son imprécision conduit beaucoup de fonctionnaires à s’abstenir de toute initiative ce qui aboutit à une relative paralysie de l’administration.

            A noter enfin le poids d’un budget de la défense qui est le deuxième au monde et représente 2,1 % du PIB de la Chine.

UNE POLITIQUE ETRANGERE PLUS ACTIVE

            C’est dans cette situation générale pourtant difficile que, tout en relevant les défis auxquels il doit faire face à l’intérieur, le Président Xi Jinping a engagé depuis deux ans une politique étrangère tous azimuts, qui concerne tous les pays, quels que soient les régimes politiques et les idéologies, en faisant même abstraction des dissensions que la Chine peut avoir avec eux.

            La Chine renforce sa présence en Asie. Elle multiplie toutes sortes de forums informels de sécurité ou de coopération avec les dix pays de l’ASEAN. Tout en gérant sa relation incommode avec la Corée du Nord, elle a de plus en plus de relations avec la Corée du Sud. Avec le Vietnam, elle a des rapports complexes, mais étroits. Elle va même jusqu’à une première rencontre au sommet avec le président taïwanais. La Chine a une position de plus en plus importante en Asie Centrale, au détriment en particulier de celle de la Russie, que ce soit directement ou par l’Organisation de coopération de Shanghai. Ses interventions les plus spectaculaires en Asie sont sans doute le projet de « Nouvelles routes de la Soie » terrestre et maritime, ainsi que la création d’une Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures –en concurrence avec la Banque mondiale dans laquelle ne lui est pas reconnue la place qui devrait être la sienne-.

            En dehors de l’Asie, l’action de la Chine avait longtemps répondu principalement à des motivations économiques, dans sa recherche de matières premières qui lui font défaut et son besoin de débouchés extérieurs. Avec Xi Jinping, Pékin a entrepris d’être un acteur majeur de la politique mondiale. Les rencontres se sont multipliées avec les dirigeants les plus divers, notamment occidentaux –britanniques, allemands, français…- et la Chine participe à des conférences comme la COP 21.

            Mais en dépit du développement de ses activités internationales, et malgré qu’elle soit aujourd’hui la deuxième puissance économique du monde, la Chine n’est pas encore pleinement reconnue comme un acteur majeur sur la scène internationale. Les Etats-Unis redoutent sa concurrence et ne l’invitent pas au Trans Pacific Partnership bien qu’elle soit leur principal partenaire créancier. Alors qu’elle est son principal partenaire commercial, l’Union Européenne refuse de négocier un accord de libre-échange, voire d’envisager la levée de l’embargo sur les armes. Quant aux rapports avec la Russie, ils se sont récemment développés sur le plan économique, mais ils restent limités dans le domaine politique et Pékin s’est d’ailleurs gardé d’intervenir dans l’affaire ukrainienne.

CHINE-EUROPE-FRANCE

            Pour la Chine, le monde est devenu multipolaire. L’Union Européenne constitue l’un des pôles. Elle est pour la Chine un partenaire privilégié sur les plans économique, financier, technologique aussi. Mais elle n’a pas l’existence politique qui devrait être la sienne à raison de sa puissance économique.

            La position de la France a été longtemps singulière. Elle a reconnu dès 1964 la Chine de Mao et elle constituait un partenaire politiquement recherché pour son indépendance. Ces dernières années elle a gâché ses chances. Son retour dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN a fait douter Pékin quant à la réalité de cette indépendance, tandis que celui-ci voyait une grave atteinte à son encontre dans son hommage appuyé au Dalaï Lama.

            De nombreux contacts ont été repris. Il faut rétablir avec la Chine un dialogue politique continu sur les différents aspects de la scène mondiale. Dialogue libre et continu qui devrait nous permettre de nous retrouver dans un souci commun d’indépendance. Ce faisant, nous devons savoir identifier nos convergences et reconnaître nos divergences, dans le respect mutuel de nos différences.

            La France doit faire en sorte que la Chine soit davantage associée à la gouvernance mondiale et qu’elle participe au G7. Elle doit savoir agir avec elle dans le monde, y compris pour la réalisation de grands projets économiques, comme l’électrification en Afrique.

            Dans le domaine économique, la place de la France est insuffisante comparée par exemple à celle des autres grands pays européens.

            Elle doit approcher le marché chinois en privilégiant, en plus du nucléaire et de l’aéronautique, les autres secteurs où elle est notoirement bonne et en le faisant non seulement avec les grands groupes, mais aussi avec des entreprises moyennes, voire petites. Il importe aussi d’encourager les investissements chinois en France et à cet égard de surmonter les réticences d’une opinion publique au demeurant ignorante des investissements français en Chine. Enfin le nombre des étudiants chinois en France doit être fortement augmenté et l’accueil des tourismes aménagés pour de plus longs séjours.

°°°°°

            La Chine est et sera de plus en plus une superpuissance. Il est de l’intérêt de la France de l’accepter pleinement et de savoir en tirer les conséquences sans angélisme, mais sans réticence…

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