Lettre d’information n° 32 – Février 2018


1/  Un pouvoir politique sans partage

            Le XIXe Congrès du Parti Communiste Chinois, qui s’est tenu en octobre dernier, est le plus important depuis le VIIe qui, en 1945, a confirmé Mao Tsé-Toung à la tête du Parti, et le XIe, qui a tourné en 1977 la page de l’ère maoïste, réintroduit Deng Xiaoping et ouvert la voie aux réformes économiques.

            Le pouvoir de Xi Jinping est désormais sans partage. Secrétaire du Parti, Président de la Commission militaire centrale et Président de la République Populaire de Chine, il est sans dauphin désigné. Les membres du Comité Permanent, véritable centre névralgique du pouvoir, sont tous les proches de Xi Jinping. Sa doctrine est désormais inscrite dans la charte du Parti comme le furent auparavant celles de Mao et de Deng Xiaoping. Elle est « de faire triompher… le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère ».

            Le premier objectif politique auquel tous les autres sont subordonnés est de pérenniser le Parti communiste chinois. Toute atteinte à ce dernier ou toute tentative de l’affaiblir est réprimée. Xi Jinping poursuit la campagne anti corruption qu’il a lancée pendant sont premier mandat, qui lui sert aussi de prétexte pour écarter des opposants ou des rivaux potentiels.

2/ Une double ambition

            La spécificité du « modèle » chinois est mentionnée en permanence. Confucius est invoqué pour vanter les mérites de l’ordre établi et de la stabilité. De plus la forte croissance économique de la Chine sur une longue période paraît à Pékin apporter la démonstration qu’il n’y a pas de lien nécessaire entre la prospérité et la liberté individuelle.

            L’ambition chinoise telle que définit par Xi Jinping est double :

  • éradiquer la pauvreté et atteindre vers 2020, date du centenaire de la création du Parti communiste chinois, une « société modérément prospère dans tous les domaines » ;
  • parvenir en 2049, pour le centenaire de la création de la République Populaire de Chine, à un pays socialiste moderne, qui soit prospère, puissant, démocratique, culturellement avancé et harmonieux.

            Ces objectifs impliquent une croissance annuelle de plus de 6,5 % fondée désormais davantage sur la consommation et le développement des infrastructures que sur l’exportation.

            Toutefois l’arrivée de Donald Trump au pouvoir a offert à la Chine une position d’avocat du libre échange et du multilatéralisme, que le Président chinois s’est empressé d’exploiter. Le retrait américain du Traité de Partenariat du Pacifique et le sentiment d’incertitude qui prévaut désormais en Asie fait de la Chine le principal partenaire de la plupart des autres pays de la région. Ainsi existe-t-il des accords de libre échange avec les pays du Sud-Est et avec la Corée du Sud.

3/ Une politique étrangère plus offensive

            D’une façon générale, au contraire de l’Occident, la Chine n’entend pas influencer le reste du monde. Elle n’a pas d’ambition messianique.

            Puissance dominante en Asie, elle s’emploie à régler ses différents territoriaux et maritimes avec l’Inde et les pays riverains de la Mer de Chine.

            Mais le premier objectif de sa politique étrangère est de s’assurer des matières premières et de servir ses intérêts économiques. A cette fin, elle agit dans presque toutes les régions du monde : le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Amérique latine et les pays de l’Est de l’Union Européenne.

            Mais son action extérieure commence à traduire des ambitions politiques plus larges. C’est ainsi qu’elle tient des réunions périodiques avec les Ministres des Affaires Etrangères de la Ligue Arabe, et qu’elle a un envoyé au Moyen-Orient. Elle participe à des opérations des Nations-Unis de maintien de la paix. Au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, elle s’oppose, comme la Russie, à toute ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat, et elle utilise souvent son droit de véto. Mais elle s’est abstenue sur la Crimée. Elle a voté l’aggravation des sanctions contre la Corée du Nord.

            L’Union Européenne demeure pour elle une entité économique, dont elle craint les réactions mais ne comprend pas son inertie politique.

            Poutine, pour sa part, affiche son rapprochement avec la Chine comme pour faire contrepoids à un Occident qui ne lui est pas favorable. Mais la Chine ne veut pas d’une véritable alliance, elle cherche seulement à satisfaire ses besoins en matières premières. Au-delà des rencontres au sommet, il y a une grande méfiance réciproque. L’Organisation de Shanghai a été conçue pour atténuer les risques de tensions entre les deux pays en Asie centrale et, s’intéressant à la région, l’Inde est désormais membre de l’Organisation dans laquelle la Turquie et l’Iran voudraient bien rentrer.

            La Chine a entrepris de moderniser son appareil militaire. Avec un budget de cent quarante milliards de dollars, elle est la deuxième puissance au monde, mais ce budget représente moins du quart de celui des Etats-Unis.

4/ Les « Nouvelles routes de la soie »

            Xi Jinping a lancé dès 2013 sa grande initiative des « Nouvelles routes de la soie ». Ce projet commence par des liaisons ferroviaires entre Shandong et Duisburg, ainsi qu’entre Xi’an et Amsterdam. La Chine a créé pour ce projet une banque d’investissement à Pékin complétant la Banque de développement des BRICS à Shanghai.

            Xi Jinping a réuni en mai dernier un « Sommet des routes de la soie » qui a abouti à une déclaration commune des trente délégations présentes. Poutine et Erdogan y ont participé, mais étaient absents le Premier Ministre indien -les Chinois construiraient une ligne de chemin de fer traversant une partie contestée du Cachemire-, et les principaux dirigeants occidentaux, préoccupés par ce grand projet à portée stratégique.

            Mais la France a une connaissance profonde et ancienne des problèmes d’une route de la soie à partir notamment de nombreuses publications sur le sujet. Au lieu d’observer passivement ce qu’envisagent les Chinois, il serait sans doute plus opportun de leur proposer une coopération, à partir notamment de nos connaissances, -si possible en mobilisant les autres pays européens-.

            D’autre part la « route » va traverser un grand nombre de pays. Il est sans doute opportun de réfléchir à ce que pourrait être une coopération entre eux plutôt que les laisser réagir en ordre dispersé.

5/ Quelle politique pour la France ?

            Outre ce qui est dit plus haut pour la « route de la soie », cette politique pourrait être de :

  • se référer tout d’abord à la décision historique prise par le Général de Gaulle de reconnaître la République Populaire de Chine dès 1964 ;
  • valoriser notre qualité commune de membre permanent du Conseil de Sécurité et instituer une procédure de consultations régulières sur les sujet qui y sont évoqués ;
  • diversifier nos relations économiques avec la Chine par trop limités aux produits de luxe, à l’industrie alimentaire et au nucléaire, et améliorer nos méthodes de travail dans le pays ; la France n’est que son quatrième partenaire européen après l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie ;
  • soulever continument le problème de la réciprocité et de l’équilibre des échanges, ainsi que celui des investissements dans l’un et l’autre pays.

            Pour ce qui concerne l’Union Européenne :

  • réfléchir à un accord de coopération sur des sujets à définir avec la Chine ;
  • commencer de soulever le problème -qui relève fâcheusement de l’unanimité des membres de l’Union- sur l’embargo des ventes d’armes à la Chine qui, depuis vingt neuf ans, fait de celle-ci un marché captif pour les ventes d’armes russes ;

            D’une façon générale, notre politique chinoise reste inchangée depuis plusieurs décennies. Ni la Chine, ni le monde ne sont ce qu’ils étaient. Il y a sans doute une réflexion à mener pour actualiser et enrichir cette politique.

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