Lettre d’information n° 33 – Mars 2018

La Pologne est un très vieux pays, qui, malgré une histoire tourmentée, a toujours su préserver son identité. Elle a connu au fil des siècles, expansions, reculs, invasions, démembrements, occupations, association, etc. Son territoire, suivant les époques a eu la dimension de vastes espaces ou celle de simples duchés. Sa population a toujours été à majorité polonaise, mais en comportant des minorités nationales souvent importantes en provenance des pays voisins.

En 1795, elle a été partagée entre trois empires, ceux de la Russie, de l’Autriche et de la Prusse. Jusque là, elle avait revêtu le plus généralement la forme d’un Etat multinational, multiconfessionnel et multiculturel. Elle devient ensuite une nation sans Etat autour d’une langue, d’une culture et de la religion catholique.

En 1918, à l’instigation notamment de Clémenceau et de Wilson, elle redevient un Etat, avec un territoire assez similaire à celui qui avait été le sien à son origine. Les débuts de cet Etat sont difficiles, à l’extérieur avec ses voisins russes, ukrainiens et allemands, et à l’intérieur. Des écoles de pensées politiques s’affrontent. D’une part le Maréchal Pilsudski plaide pour un Etat multinational hérité de l’histoire, d’autre part la Démocratie nationale (ND) préconise une Pologne « polonaise ». La ND ne parvient pas finalement au pouvoir ; lui survit durablement un antisémitisme déjà ancien en Pologne. En 1926, le Maréchal Pilsudski fait un coup d’état et instaure un régime autoritaire.

En 1939, l’Allemagne et l’Union Soviétique envahissent la Pologne, l’occupent, puis la partagent –un gouvernement se tient toutefois en exil à Londres pendant toute la durée de la guerre tandis que de nombreux Polonais se battent aux côtés des alliés-.

En 1945, l’Etat polonais indépendant est restauré, mais avec un territoire profondément modifié. La Pologne est amputée à l’Est des provinces occupées par l’Union Soviétique depuis 1939. Cette perte est compensée par les territoires allemands de la Silésie, de la Poméranie et de la partie sud de la Prusse orientale. La frontière occidentale de la Pologne correspond désormais aux cours de l’Oder et de la Neisse.

Devenue démocratie populaire en 1952, la Pologne, libérée de l’URSS après 1989, entre à l’OTAN et rejoint l’Union Européenne.

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Les partisans du libéralisme politique se rejoignent avec ceux du libéralisme économique, dans la perspective de l’institution de l’état de droit. Mais le couplage entre les deux libéralismes ne tient pas. Il n’existe guère en Pologne de véritable tradition démocratique et les leaders démocrates au pouvoir les premières années n’ont pas su former de véritables partis. D’autre part, dès le début, la Pologne avait été plus atlantique que véritablement européenne. Le temps passant, elle demeure fascinée par les Etats-Unis, mais les pays Européens, considérés comme « multiculturels », apparaissent comme une menace pour les traditions polonaises. Les ennemis changent. Il y a l’Allemand, malgré des intérêts économiques considérables, le migrant, le terroriste, la Russie et l’Ukraine demeurant les ennemis de toujours.

La Pologne devient le théâtre d’un débat sur la morale et le patriotisme. Le Parti Droit et Justice (le PIS) accède au pouvoir à partir de 2005 avec un projet traduisant le besoin d’un retour à la nation et aux valeurs du catholicisme. L’identité nationale est réaffirmée avec référence aux grandes valeurs historiques. Les décisions de l’Union Européenne concernant les émigrés constituent un danger pour cette identité. L’Histoire est réécrite, avec mise en valeur de l’héroïsme du peuple polonais pendant la deuxième guerre mondiale et la condamnation de tout ce qui semblerait impliquer une participation de Polonais aux crimes nazis.

La politique étrangère est subordonnée à la politique intérieure. Sur ce plan, le gouvernement multiplie les mesures autoritaires affectant l’indépendance de la justice, la propriété des médias, le financement des ONG, etc. Il modifie la loi électorale. Le leader polonais Kaczynski –qui n’a pas voulu briguer lui-même la présidence- se propose de parachever la révolution nationale à l’occasion des prochaines élections locales et nationales en 2019. Dans les sondages, le Président recueille 72 % d’opinions favorables, le Premier Ministre 64 %, et l’action du gouvernement est approuvée au niveau record de 50 %.

Traditionnellement proche du pouvoir, l’Eglise se félicite de la politique du PIS, elle est marquée, le bas clergé plus encore que la hiérarchie, du sceau d’un conservatisme que Jean-Paul II n’avait pas découragé.

Seul point positif : la Pologne continue de connaître une forte croissance économique qui se prolonge depuis vingt cinq ans.

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Les relations avec la France n’ont cessé de varier. Après des retrouvailles initiales, elles se sont dégradées par la suite. François Hollande, en 2012, a cherché à leur rendre un tour favorable. Mais les rapports deviennent franchement mauvais quand la Pologne privilégie systématiquement l’achat de matériels militaires américains alors que les offres françaises sont meilleures, par exemple pour des hélicoptères. Il est cependant de l’intérêt des deux pays de sauvegarder des rapports qui tiennent compte de leurs intérêts communs substantiels.

La Pologne reçoit chaque année une aide de dix milliards d’euros de la part de l’Union Européenne. Mais elle en subit les contraintes de plus en plus difficilement. Bruxelles, pour sa part, se préoccupe de l’évolution du régime et de certaines mesures législatives prises ou envisagées. Ceci l’a amené à interroger Varsovie sur l’état de droit. Suivant la réponse reçue, l’Union Européenne pourrait engager une procédure devant le Conseil. Mais pour ce faire, il lui faudrait pouvoir s’assurer de l’accord de vingt deux Etats membres. Quant à une éventuelle suspension de l’aide européenne, parfois évoquée, son fondement juridique serait incertain.

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La situation en Pologne s’inscrit dans une évolution générale des pays d’Europe de l’Est chez qui prédominent de plus en plus nationalisme et conservatisme. S’ils demeurent favorables au libéralisme économique, ils s’éloignent de plus en plus des valeurs démocratiques. Attachés à celles-ci, les pays de l’Europe de l’Ouest ont actuellement plutôt tendance à s’insurger contre les excès du libéralisme. Cette différence d’approche n’est pas sans risque pour la construction européenne.

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