Lettre d’information n° 47 – juin 2019

1/ La campagne pour le référendum britannique sur le BREXIT du 23 juin 2016 s’est déroulée sans qu’on y parle vraiment du BREXIT et de ses conséquences. David Cameron avait même interdit à ses services d’en évoquer l’hypothèse.

Après le vote en faveur du BREXIT, certains prônèrent un BREXIT sans accord avec l’Union Européenne, d’autres un accord avec celle-ci (mais divergeaient sur le type d’accord à conclure), d’autres ne voulaient pas la quitter. Les partisans du BREXIT affirmaient qu’il était possible pour le Royaume-Uni de renouer à l’avenir avec « l’anglosphère » de naguère et de renforcer les liens privilégiés avec les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ils misaient sur la signature d’accords commerciaux de libre échange avec différents pays. Ils vivaient dans la nostalgie de l’âge d’or qui avait précédé selon eux l’Union Européenne.

Mais les pays du Commonwealth ont passé des accords commerciaux de libre échange avec l’Union Européenne. Ils ne sont pas intéressés par le BREXIT. Les échanges entre le Canada avec le Royaume-Uni représentent désormais moins de 9 % du total des échanges commerciaux britanniques. Les entreprises canadiennes implantées en Grande-Bretagne seraient de surcroît affectées par le BREXIT. D’autre part il existe certes une relation forte du Royaume-Uni avec les Etats-Unis. Mais si Monsieur Trump se déclare favorable au BREXIT, c’est dans le cadre de sa politique visant à affaiblir l’Union Européenne et non par souci de l’intérêt britannique.

2/ Trois années durant, les négociations avec Bruxelles se sont poursuivies, faites d’épisodes successifs marqués par l’impossibilité pour Londres de dégager une position claire. L’une des principales difficultés concerne le problème de l’Irlande. En cas de BREXIT, la République de Dublin demeurerait dans l’Union alors que l’Irlande du Nord en serait sortie comme composante du Royaume-Uni. Or, il existe entre les deux un régime de libre échange depuis l’Accord de paix de 1998. Il ne faut pas que ce problème ravive les oppositions entre Irlandais[1]. D’autre part, BREXIT ou non, l’Ecosse entend demeurer dans l’Union.

En novembre 2018, Madame May et l’Union Européenne parviennent à établir un projet d’accord. A trois reprises, le Parlement britannique rejette cet accord. Le BREXIT aurait dû se faire le 29 mars. Le Conseil Européen accepte de donner un nouveau délai jusqu’au 31 octobre. L’Allemagne, avec d’autres Etats-membres, aurait préféré pourvoir poursuivre au-delà les échanges dans l’espoir qu’un accord puisse finalement être obtenu. Paris s’y est opposé, considérant qu’une incertitude persistante, outre les inconvénients pour les entreprises, présentait des risques pour le fonctionnement même de l’Union.

3/ Etant en mai toujours membre de l’Union, le Royaume-Uni participe aux élections européennes. Celles-ci sont marquées par l’effondrement des deux grands partis traditionnels. Le Parti Conservateur –de plus en plus délaissé par les jeunes- apparaît comme représentant une classe moyenne âgée, conservatrice et blanche aux préoccupations identitaires ; le Parti Travailliste est divisé entre pro et anti BREXIT. Le grand vainqueur des élections est le parti populiste de Nigel Farage favorable à un BREXIT dur.

Madame May démissionne. Un nouveau leader du Parti Conservateur sera choisi en juillet. Sous réserve de ratification par les adhérents du Parti, il deviendra Premier Ministre en octobre.

L’avenir est plus incertain que jamais, il est difficile de faire un pronostic. A priori, on peut envisager trois hypothèses :

  • une sortie sans accord ;
  • des élections législatives anticipées, avec demande à Bruxelles d’un nouveau délai en l’attente d’une majorité ;
  • un nouveau référendum à l’automne.

Les questions alors posées pourraient être les suivantes :

  • un BREXIT dur ?
  • l’accord de novembre 2018 ?
  • cet accord avec quelques aménagements cosmétiques acceptables par Bruxelles ?

4/ Pendant des décennies, le Royaume-Uni avait donné l’image d’une démocratie exemplaire. Depuis trois ans, après le référendum sur le BREXIT, on assiste à des oppositions de plus en plus vives entre les partis, à l’intérieur de ceux-ci et dans l’opinion publique elle-même. Quelle que soit l’issue des débats en cours, la position internationale du Royaume-Uni et son économie seront affaiblies. 50 % des exportations britanniques se font sur le marché européen et 53 % des importations proviennent des pays de l’Union. Quant à celle-ci, elle aura perdu l’un de ses principaux Etats. Mais plus encore, il est permis de se demander si le BREXIT suffit à expliquer la situation politique britannique actuelle ou s’il n’est pas le révélateur d’une crise latente de la démocratie britannique.

5/ Quel que soit l’avenir du BREXIT, avec ou sans accord, il ne faut pas que les relations franco-britanniques en pâtissent quand bien même, au début du moins, des passions contraires pourraient s’élever de chaque côté de la Manche. Il est essentiel de ménager notre coopération bilatérale telle que prévue par les accords de Lancaster House : nucléaire, défense, sécurité. Les contacts militaires importants que nous avons doivent être préservés. Il nous faut également continuer de coopérer sur des sujets politiques d’intérêt commun comme le climat, le problème iranien ou les relations avec la Chine.


[1] Le Parlement britannique n’accepte pas une proposition de l’Union Européenne dite de « backstop » selon laquelle l’Irlande du Nord pourrait, en cas de BREXIT, continuer de bénéficier du régime du marché commun tandis que se poursuivraient les négociations entre la Grande-Bretagne et l’Union Européenne sur leurs relations commerciales futures. La date limite de ce régime serait le 31 décembre 2020 quel que soit d’autre part l’état des négociations.

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